LA PRESSE DIMANCHE, LE 17 FÉVRIER 2008
Coût des médicaments : une pilule chère à avaler !
Nos médicaments coûtent trop cher. Bien du monde s'intéresse à votre portefeuille avant que vous n'obteniez votre comprimé santé. En premier lieu, il faut regarder du coté des compagnies pharmaceutiques qui augmentent constamment leurs prix et qui engendrent d'énormes profits. Il faut aussi constater que votre pharmaciens est à la fois un professionnel et aussi un commerçant! Le prix du médicament qu'il vous réclame est-il toujours justifié?
MÉDICAMENTS : des écarts de prix surprenants !
Magasiner. C'est un réflexe que les consommateurs ont pour la plupart des produits : une automobile, un ordinateur… Mais pas pour un médicament sous ordonnance. Pourtant, les prix varient considérablement. Par exemple, une pharmacie facture 55 $ pour 30 comprimés de Norvasc à un patient souffrant d'hypertension qui est couvert par un programme d'assurance privée. C'est 18 % de plus que le prix facturé à un assuré du coté public.
Il faut savoir que le système d'assurance médicaments comporte deux volets. Tous les Québécois qui ont accès à une assurance privée doivent adhérer au programme. Les autres sont couverts par le public. Pour eux, les prix sont coulés dans le béton. Les pharmaciens ne peuvent exiger davantage que le prix coûtant du médicament (fixé par la RAMQ), plus la marge bénéficiaire du grossiste (6 % plafonné à 24 $), plus leur propre honoraire (8,12 $ par prescription).
Mais dans le privé, c'est la loi du marché qui prévaut. Les pharmaciens doivent simplement facturer des prix « usuels et coutumiers », ce qui signifie que le prix d'un médicament sous ordonnance doit être le même pour tous les clients, sous un même toit. « Un pharmacien ne peut pas baisser le prix pour vous, sans le baisser pour tous les autres assurés du privé », dit Annick Mongeau, porte-parole de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).
Par contre le prix d'un médicamment peut varier d'une pharmacie à l'autre. Chaque pharmacien est libre d'exiger les honoraires qu'il juge raisonnables en fonction des coûts d'exploitation et des services qu'il offre. Certains pharmaciens offrent des services à valeur ajouté, qui justifient un honoraire plus élevé. Par exemple, ils ont des infirmières sur place qui font des injections, prennent la pression, etc.
« Les honoraires varient entre 8 $ et 30 $ (par prescription). On dépasse rarement 40 $ et c'est pour des médicaments très chers (ex : 1400$) », assure Janine Matte, propriétaire de la pharmacie Matte et Petit à Québec. Et parfois les honoraires sont inférieurs à 8 $, ajoute Normand Cadieux, directeur général de l'AQPP. Par exemple, les contraceptifs oraux et les prescriptions peu coûteuses ( moins de 10 $).
Mais dans l'ensemble, il est clair que le prix des médicaments sont plus élevés pour les assurés privés. Cela se reflète dans la rentabilité de la pharmacie.
« Une pharmacie qui a une clientèle composée presque seulement d'assurés de la RAMQ, dégage une marge bénéficiaire brute de 23 %. C'est très peu dans le commerce de détail. Une pharmacie qui aurait une clientèle essentiellement d'assurés privés, aurait une marge de 30 à 33 %. Plus en ligne avec les coûts d'exploitation réels » estime M. Cadieux.
Plus le public négocie serré, plus l'écart entre le public et le privé se creuse. «Quand le régime a été lancé en 1997, il y avait moins d'un pourcent d'écart entre le public et le privé, dit Pierre Marion, directeur principal ventes assurance collectives et relations avec la clientèle à la Croix Bleue. Maintenant, l'écart est plus prononcé. »
ET ÇA CONTINUE ENCORE ET ENCORE
Année après, les coûts de l'assurance médicament augmentent de 10 à 15 %. Tout le monde le déplore. Mais rien ne change.
« Aucun acteur, nulle part, n'a intérêt à ce que ça arrête. Le réservoir coule, mais il est plus facile de le remplir que le réparer », dit Jean Thibeault, pharmacien consultant.
L'assuré n'y voit que du feu
« Les gens ne se posent pas beaucoup de questions sur le prix des médicaments. Il ne voient pas le bénéfice », dit la pharmacienne Janine Matte. En effet, leur assureur rembourse souvent 80 % et plus de la facture. « Les gens ont l'impression que ce n'est pas eux qui paient. Mais chaque fois que vous payez trop, c'est l'ensemble des participants à votre régime qui paie », dit Pierre Marion, de la Croix- Bleue.
L'assureur haussera les primes. En fait, le coût des primes reflète tout simplement le montant des réclamations, plus un certain pourcentage qui couvre les frais administratif et les profits de l'assureurs. Au final, ce sont tous les employés qui paient collectivement pour le gaspillage. Mais encore-la, le coût des primes est souvent assumé, en tout ou partie, par l'employeur. Cela fait partie des avantages sociaux… imposables.
« Alors pourquoi s'en priver ? »se disent les employés. Parce qu'en réduisant les coûts, ou l'augmentation des coûts d'assurance, ils pourront réclamer que l'employeur bonifie un volet de leur rémunération.
L'assureur manque de contrôle
« Les assureurs n'ont vraiment pas avantage à limiter les coûts. Ils sont payés à pourcentage », dit Normand Cadieux, de l'AQPP. Mais les assureurs se défendent : Ils disent qu'ils n'ont pas les moyens de contrôler les coûts. Notamment, ils sont obligés de rembourser au moins 70 % du coûts du médicament, et ils ne peuvent exiger plus de 904 $ par année à un assuré, en franchise et coassurance. Au-delà de cette limite, l'assureur doit rembourser à 100 %... peu importe le prix exigé par le pharmacien. Or, les plus grands écarts sont souvent sur les médicaments les plus coûteux, qui finissent par être remboursé à 100% par l'assureur », note Johanne Brousseau, d'Aon Conseil.
Prenons un patient atteint de sclérose en plaque : Son traitement, le Betaceron, coûte 1467 $ du coté public. Dans le privé, Mme Brosseau a vu des pharmaciens facturer jusqu'à 2200$. Une différence de 800 $, soit plus de 50 % du prix de la RAMQ. Après deux mois de traitement, l'assuré a déjà versé 904 $, le déboursé maximal. L'assureur doit rembourser le reste de l'année.
Le gouvernement n'a pas d'intérêt
« Vous contrôlez les règles du jeu. Mais vous refusez de nous donner les mêmes outils que vous utilisez pour vos propres clientèles », répète Mme Brosseau au gouvernement. Pourquoi ne change t-il pas les règles ? En donnant au privé des moyens de contrôler les prix davantage, le gouvernement fera face à encore plus de grogne de la part des pharmaciens lorsque viendra le temps de négocier les prix pour le public, répondent tous les observateurs.
L'employeur est mal à l'aise
Les promoteurs de régimes d'assurance privés, qui paient la note, pourraient s'insurger. Mais ils ne sont pas regroupés, ni représentés. Quand le public s'assoie pour négocier, il est seul. Du coté privé, la force de négociation est diluée par la quantité d'intervenants : assureurs, conseillers en avantages sociaux, fournisseurs de systèmes pour le paiement électronique, employeurs, syndicats… des groupes qui n'ont pas toujours l'habitude de s'asseoir du même coté de la table.
En outre les médicaments sont un sujet délicat. En imposant un contrôle plus strict, les employeurs ont peur de s'immiscer entre le médecin et le patient. Les employeurs préfèrent transférer une partie des coûts du programme d'assurance aux employés, plutôt que d'essayer d'en contrôler les coûts.
Le mandat